États-Unis 2014

Nos cousins d'Amérique I

Nos cousins d'Amérique I

On s'était mis d'accord la veille : debout à 8h en cette belle journée. Il est prévu que le frère de Margaret nous rejoigne pour la matinée. Ferd, de son nom complet Ferdinand, arrive vers 9h30. Il est chauffeur de School Bus. Et il a 79 ans. Non, il n'y pas d'erreur de frappe : à 79 ans, Ferd continue de travailler parce que ça lui plait et qu'il n'a pas envie d'arrêter. Il aime ce qu'il fait. Tout les matins et après-midi il conduit une quarantaine d'enfants à l'école et les ramène chez eux. Quand l'un d'eux ne veut pas s'assoir, un simple avertissement les fait changer d'avis : "Sit down or come sit at the front." Il nous assure que ça marche à chaque fois.

La matinée est dédiée à une remontée dans le temps et dans la vie de nos cousins d'Amérique. Ferd nous conduit d'abord au cimetière de la ville. Sauf qu'après être entré, il ne s'arrête pas et bientôt il est en train de rouler sur la pelouse en plein milieu des tombes ! Je lui dit que ça nous semble étrange mais apparemment ils ont le droit. C'est plutôt déconcertant. Il s'arrête juste à côté des tombes de Joe et de sa femme. On remarque que Margaret et Ferdinand ont déjà leurs pierres tombales installées juste à côté. Ils ne sont pas mariés, ils n'ont donc pas vraiment de famille à part leurs parents et grands-parents. Ils ont donc déjà tout prévu au cas où il leur arriverait quelque chose.

On continue notre chemin en passant à la maison et la ferme qu'avaient construit Joe lorsqu'il s'était installé dans cette région de l'Iowa au début des années 1900. Il disait que ça lui faisait un peu penser à l'Alsace avec ces collines. Aujourd'hui la maison n'appartient plus à la famille mais ça fait quand même drôle en la voyant de penser qu'un de nos ancêtres a pu venir s'installer ici et tout recommencer à partir de zéro. Margaret tient à ce qu'on soit pris en photo avec elle devant la maison. On est bien d'accord !

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Ferd s'occupe de préserver l'héritage des anciens et l'histoire de la ville. C'est pourquoi il est le président d'une association qui restaure d'anciennes maisons et écoles. On s'arrête à une "one-room schoolhouse". C'est une école d'une seule pièce où allaient tous les enfants des environs. Peu importe leur âge, ils partageaient la même pièce, la même classe mais avec des niveaux différents. Même les bureaux ont des tailles différentes. Il y a aussi un ancien isoloir de l'époque utilisé pour les élections. Elle a été remise en état et dans les conditions de l'époque. Il y a encore un peu de travail à faire mais elle est ouverte au public tous les dimanches, comme plus de 200 autres dans l'état de l'Iowa.

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La dernière étape de la matinée est la Conger House : la maison d'un des premiers colons est devenu un musée où les différentes pièces ont été gardées dans le même état qu'elles étaient à l'époque avec la même vaisselle, les mêmes meubles… Il y a aussi une partie sur l'économie de l'époque avec la fabrique de boutons de la région. Ferd nous laisse même tenir la carabine du champion olympique de 1912 : Frederick Hird, qui vivait en Iowa. Au sous-sol, il y a une exposition sur les Native Americans/Indiens qui peuplaient la région à l'époque des premiers colons.
Avant de partir, Ferd nous dit qu'il serait très honoré qu'on signe le livre d'or : c'est la première fois qu'il y a des visiteurs non américains qui visitent ce musée.

Il est midi, c'est l'heure du déjeuner et Ferd reste manger avec nous. Margaret a prévu de nous emmener manger un bon steak ce soir alors on fera léger pour ce midi : quelle surprise quand elle apporte un plateau de fromages (et même du brie !) avec du pain "à croûte dure", parce que les autres ce n'est pas vraiment du pain, dira-t-elle… Elle a fait plusieurs kilomètres pour acheter ce pain et après quelques minutes au four, il est encore plus croustillant ! Elle nous proposera aussi des crackers, pas mauvais avec du fromage ! Entourés de quelques décorations alsacienne dans sa salle à manger, on se croirait en France.

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Avec des cookies et autres friandises en dessert, on peut bien commencer l'après-midi. D'ailleurs elle demande conseille à son frère : est-ce prudent de prendre la "curvy road" (route sinueuse) ?

On reprend la route en début d'après-midi. En chemin, on suit un camion citerne. On lui explique que c'est ce genre de camion que notre grand-père conduisait. Elle le connait bien et connait sa (petite) taille. On est tordu de rire quand elle sort : "Such a little man for such a big truck!" (un si petit bonhomme pour un si grand camion).

Ça y est, on arrive à la "curvy road". On est étonnés : c'est une route avec… quelques… virages. Tout ce qu'il y a de plus banal pour nous. Effectivement il semble qu'ils n'aient pas la même vision de la route que nous : tout droit, puis un carrefour… c'est plus simple qu'une route qui… tourne. Elle ne semble pas à l'aise sur cette route.

On arrive dans la petite ville de Muscatine, IA. Margaret veut nous emmener à un endroit précis mais n'est pas sûre que la route soit ouverte à la circulation. La meilleure solution est de demander. On pense alors qu'il doit y avoir un point d'information dans les environs. Non, elle s'arrête tout simplement au bord de la route et va voir des mécaniciens en train de bosser dans un garage ! "Je pense qu'ils doivent savoir." Ils lui donnent quelques indications mais ça ne sera pas si facile de trouver notre chemin. À un carrefour, elle essaye d'interpeller une automobiliste qui arrive d'en face. Après avoir fait quelques gestes par la fenêtre sans succès, Margaret plaisante : "Elle a du me prendre pour une folle en me voyant agîter mes bras dans tous les sens ! Elle a du avoir peur."
On arrive enfin à Wildcat Den State Park pour une petite promenade en forêt. Il y a un canyon en Iowa ! Alors ça ne vaut pas le Grand Canyon, elle nous a prévu mais c'est quand même surprenant de voir ça au milieu de nul part.

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Avant de repartir, direction le Pine Creek Gristmill construit en 1848, qui se trouve juste à côté du parc.

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Dernier arrêt avant le repas du soir, Iowa City. Margaret nous amène visiter cette ville à caractère très étudiante. On fait un tour dans le campus et les rues environnantes. Une bande de cyclistes est regroupée devant l'ancien Capitole. Margaret, comme à son habitude, dit quelques mots aux personnes qu'elle croise : "Vous avez déjà choisi où vous allez ?" leur demande-t-elle. Apparemment, c'est ce qu'ils essaient de décider.

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On s'arrête à un magasin de souvenirs. Malgré les cadeaux qu'elle a déjà, Margaret souhaite encore acheter quelque chose pour nos grands-parents et nos parents. Deux énormes couvertures aux couleurs des Hawkeyes d'Iowa, des verres à schnaps, un porte-clé… On repart avec un sac plein. Encore faut-il trouver de la place dans nos valises !

Ce soir, c'est un bon steak ! Elle a demandé conseil à sa soeur par téléphone. D'ailleurs, la voir décrocher son téléphone en roulant nous surprend sur le moment. On avait oublié que ce n'était pas une infraction chez eux…
Ce sera le Texas Roadhouse à Coralville (que je recommande vivement). Alors qu'on est installé, la serveuse s'excuse. Sur le moment on ne comprend pas bien. Margaret nous explique qu'elle s'est excusée parce qu'elle a mis un peu de temps à s'occuper de nous et à apporter la carte. Ça fait à peine deux minutes qu'on est là, ce n'est pas la fin du monde… mais pour eux, ils semblent que ce soit déjà trop long. On se rappellera de ce moment un mois plus tard quand, dans un restaurant français, on attendra plus d'une heure (pas d'exagération !) entre le moment de commander et le moment où les plats nous seront enfin servis… sans même une excuse de la part de la serveuse pour cette longue attente.

Ce soir là, la serveuse est d'ailleurs fabuleuse : Zoi (pas d'erreur de frappe), une jeune étudiante de 18 ans qui travaille après ses cours pour payer ses études. Elle adore étudier. Elle a le sourire tous le temps et elle est encore plus excitée quand elle apprend qu'on est français. On lui dit qu'en France les études sont plus ou moins gratuites comparé à la somme à débourser chez eux. Elle rigole en disant que sa mère ne serait pas d'accord qu'elle aille en France avec nous, surtout qu'elle est fille unique. Alors qu'on commande, on a quelques questions comme sur les sauces qu'on ne connait pas : "Je vous apporte plusieurs échantillons !" Elle a un dynamisme et une bonne humeur renversants. Elle nous demande ce qu'on visite pendant nos vacances et elle nous donne quelques infos sur Chicago. Elle y va surtout pour le shopping mais elle a adoré le Shedd Aquarium, surtout le tunnel avec les requins.
Non seulement, le repas état un délice avec une cuisson parfaite et deux accompagnement au choix, mais cette serveuse n'a fait qu'améliorer encore un peu plus cette soirée ! Elle nous laisse un petit mot sur notre addition. Margaret refuse qu'on paie. Elle est très reconnaissante de ce qu'ont fait nos grands-parents quand elle est venue en France et souhaite faire la même chose pour nous.

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Les distances ne sont pas les même que chez nous : il y a plus de 40 minutes de route pour le retour. Et trois carrefours. Tout droit, on tourne une fois à droite, une fois à gauche, puis à droite… Trois carrefours sur 60 km, pas un seul virage, on comprend mieux pourquoi la curvy road de l'après-midi la stressait autant.

Comme si elle n'avait pas encore fait assez pour nous, Margaret apprend mon intérêt pour la photographie et me dit qu'elle a un objectif qui ne lui sert à rien (100-300 f/4), des filtres, etc. Ils sont à moi si je les veux. Pas sûrs que nos sacs soient assez grand pour tout ça. Je la remercie chaleureusement mais décline son offre. Elle a déjà fait beaucoup.

Installés tranquillement au salon, je note le compte-rendu de la journée sur mon iPad avec le plus de détails possibles comme les routes empruntées et les différentes anecdotes. Margaret est agréablement surprise de nous voir faire cela : elle nous ramène un carnet de son dernier voyage. Elle aussi note tout, mais à la main.